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Scénario & réalisation
Benjamin Christensen
Photographie Johan Ankerstjerne
Décors Richard Louw
Interprétation :
Maren Perdersen (la sorcière)
Clara Pontoppidan (la nonne)
Tora Teje (l'hystérique moderne)
Elith Pio (le jeune moine)
Oscar Tribolt (le moine rubicond)
Johs Andersen (le chef inquisiteur)
Karen Winther (Dame Anna)
Emmy Schönfeld (Marie la tisserande)
Alice Frederiksen (la possédée) ...
et Benjamin Christensen
dans le rôle du Diable et du médecin
Production Svensk Filmindustri |
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La sorcellerie à travers les âges
Vibrant plaidoyer contre l'obscurantisme, La sorcellerie à travers
les âges est une éblouissante fresque, dont la
beauté des images et l'élévation de son
inspiration font de ce film l'un des chefs-d'œuvre absolu
du cinéma.
Après un assez bref aperçu historique, sorte
de prologue au film, partant de l'Antiquité, et montrant
que la sorcellerie (quel que soit le nom que l'on puisse lui
donner) a toujours plus ou moins fasciné certains esprits,
Benjamin Christensen se limite rapidement à la haute époque
où la sorcellerie se répandit sur l'Europe, soit
la fin du XIVè siècle.
Véritable nomenclature de ces phénomènes
considérés en ces temps comme des manifestations
diaboliques, La sorcellerie à travers les âges
nous montre quelques séquences particulièrement
spectaculaires : Satan trompant un mari avec une femme sorcière;
une vieille femme accusée de sorcellerie par la femme
d'un malade, et torturée par les prêtres de l'Inquisition;
le Sabbat; Satan offrant un monceau de pièces d'or à une
sorcière; un couvent de religieuses, emportées
par une possession collective, etc.
En contrepoint Christensen décrit la cruauté,
le sadisme des Inquisiteurs, les tortures qu'ils font subir
aux suspects avant de les envoyer aux bûcher. Le ton
du film est donné dès les premières formules
: "Cette époque, où les infernaux serviteurs
de Dieu se montraient encore plus odieux dans leur rôle
d'injustes justiciers". Les notes d'humour (les deux vieilles
jetant un sort à une maison en balançant contre
la porte leurs excréments ou les ricanements du Diable)
atteignent parfois une rare acuité; on se souviendra
du moine, fouetté par un frère qui veut chasser
de son corps et de son esprit ses mauvaises pensées
et, les larmes aux yeux, demandant à celui qui le châtie
:
"O frère, pourquoi t'es-tu arrêté?".
En conclusion de cet extraordinaire pamphlet contre l'intransigeance
religieuse et les superstitions, Christensen a recours à des
explications médicales (nous revenons au XXè siècle)
concernant les prétendues possessions, les hallucinations
et autres formes d'hystérie qui n'appartiennent, qu'à la
psychopathologie. On visite enfin le cabinet d'une voyante,
encombré de cartes et de tarots :
"La superstition existe toujours."
Inspirée très évidemment de La sorcière
de Michelet, la forme du récit de La sorcellerie à travers
les âges se révèle révolutionnaire
pour l'époque. Il s'agit en quelque sorte d'un grand
documentaire sur la magie et la superstition, dont le propos
n'est pas de retracer ici l'histoire de la sorcellerie, comme
on pourrait le penser au vu du titre français, mais
d'en montrer ses manifestations.
On est sensible à la justesse de l'évocation
de ce Moyen-Âge superstitieux aux aspects strictement
documentaires (comme la rigoureuse exploration de la panoplie
de torture des l'époque, de la toute puissance judiciaire
du clergé, des sommets de perversité, de sadisme
et de cruauté auxquels ils étaient parvenus.
Dans ces tableaux réalistes, Christensen se révèle être
un maître dans la manière d'intégrer des
documentaires subjectifs, la plupart des séquences étant
romancées à titre d'exemple (celle du Sabbat
restera une séquence chef-d'œuvre dans l'histoire
du cinéma). Va-et-vient perpétuel entre l'imagination
délirante et l'objectivité "reconstituée",
La sorcellerie à travers les âges prend tour à tour
des allures de fiction et de documentaire.
Tout se passe comme si les spectacles successifs que nous donne à voir
Christensen étaient autant de rêves, dont la brutalité des
coupes de montage, l'utilisation de gros plans de coupe correspondraient à des
réveils brusques d'un sommeil hypnotique, à des reprises de conscience.
Jouant délibérément à d'évidentes
références picturales (Bruegel ou Grünewald),
par l'utilisation des clairs obscurs, Christensen arrive à donner
littéralement corps à ces grouillements monstrueux
de démons et de sorcières. On est impressionné par
la densité d'une matière qui fait renaître à la
vie, par le réalisme de l'irréel, des créatures
que l'on aurait pu croire à tout jamais figées.
Ici tout est mouvement, bouillonnement, compositions savantes.
Tranchant sur le monde nocturne, frénétique
et délirant, Christensen sait ainsi, par un éclairage
dur, très blanc, dans une mise en scène très
stricte, rendre la cruauté implacable des bourreaux
de l'Église. La blancheur des robes des moines, antithèse
de l'univers des sorciers, pourrait être symbole de pureté.
Elle ne renvoie en fait qu'à ce qui tient sous ce symbole
dénaturé : non seulement celui de l'hypocrisie
mais d'une implacable et froide cruauté.
Peu d'œuvres cinématographiques d'une pareille
beauté formelle ont respiré un tel parfum d'authenticité et
montré autant d'éloquence dans la lutte des faux-semblants.
• HÄXAN
"En traitant un tel sujet, il aurait été facile
de tomber dans le ridicule ou la pornographie, notamment en
montrant le sabbat. Mais Christensen sut rejoindre là l'esprit
de Jérôme Bosch, Breughel, Callot et Goya, où la
lumière transfigurait les éclairages les plus
faux." Georges Sadoul, Dictionnaire des films (1965)
"(...)La vie étonnante donnée à des
formes et à des objets inertes, celle que gagnent les
visages humains, est le fait d'un art consommé de l'ombre
et de la lumière en studio qui, de l'expressionnisme
germano-scandinave des années 20 au baroquisme américain
de quelques années postérieures, a transmis des
chefs-d'œuvre à nos yeux irrités par l'éclat
trop cru de la lumière naturelle (d'ailleurs tout aussi
trafiquée la plupart du temps). Ainsi de l'œuvre
de Benjamin Christensen, détentrice des secrets d'une
caméra-pinceau, à coups de projecteurs et de
sunlights au clair de lune, c'est le royaume du velouté,
de l'obscur éclairé et de la clarté dissoute." Max
Tessier, Cinéma 68 N°130
C'est un film d'une beauté picturale étonnante,
un art de l'éclairage achevé, d'une technique
parfaite (notamment dans les trucages divers, les animations,
les transparences). Raymond Lefèbvre, Image et son 233/69
"Häxan" dévoile toute l'horreur de l'Inquisition
en faisant ressortir le caractère maladivement sexuel
de la vie monacale. Le délire érotique de la
bonne "possédée" blasphémant
une statue sainte, le masochisme nettement érotique
du moine qui se fustige lui-même pour avoir eu de mauvaises
pensées en regardant une femme, ainsi que les rêves
des fidèles ayant pour thème les orgies de la
nuit du sabbat sont des séquences extraordinaires."
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