• HAXAN

musique : Gérard Hourbette et Thierry Zaboïtzeff
saxophones baryton, alto et soprano : Serge Bertocchi
claviers : Yukari Hamada
pads, percussion : Didier Casamitjana
claviers, pads, échantillonneurs : Gérard Hourbette
claviers, échantillonneurs : Patricia Dallio
Violoncelle électrique : Sigrid Vandenboaerde
lumière : Richard Castelli
son : Xavier Bordelais / Philippe Colpin





Durée 85 min
(version anglaise sous-titrée en français)

 



 

Scénario & réalisation Benjamin Christensen
Photographie Johan Ankerstjerne
Décors Richard Louw
Interprétation :
Maren Perdersen (la sorcière)
Clara Pontoppidan (la nonne)
Tora Teje (l'hystérique moderne)
Elith Pio (le jeune moine)
Oscar Tribolt (le moine rubicond)
Johs Andersen (le chef inquisiteur)
Karen Winther (Dame Anna)
Emmy Schönfeld (Marie la tisserande)
Alice Frederiksen (la possédée) ...
et Benjamin Christensen
dans le rôle du Diable et du médecin
Production Svensk Filmindustri



• La sorcellerie à travers les âges


Vibrant plaidoyer contre l'obscurantisme, La sorcellerie à travers les âges est une éblouissante fresque, dont la beauté des images et l'élévation de son inspiration font de ce film l'un des chefs-d'œuvre absolu du cinéma.

Après un assez bref aperçu historique, sorte de prologue au film, partant de l'Antiquité, et montrant que la sorcellerie (quel que soit le nom que l'on puisse lui donner) a toujours plus ou moins fasciné certains esprits, Benjamin Christensen se limite rapidement à la haute époque où la sorcellerie se répandit sur l'Europe, soit la fin du XIVè siècle.

Véritable nomenclature de ces phénomènes considérés en ces temps comme des manifestations diaboliques, La sorcellerie à travers les âges nous montre quelques séquences particulièrement spectaculaires : Satan trompant un mari avec une femme sorcière; une vieille femme accusée de sorcellerie par la femme d'un malade, et torturée par les prêtres de l'Inquisition; le Sabbat; Satan offrant un monceau de pièces d'or à une sorcière; un couvent de religieuses, emportées par une possession collective, etc.

En contrepoint Christensen décrit la cruauté, le sadisme des Inquisiteurs, les tortures qu'ils font subir aux suspects avant de les envoyer aux bûcher. Le ton du film est donné dès les premières formules : "Cette époque, où les infernaux serviteurs de Dieu se montraient encore plus odieux dans leur rôle d'injustes justiciers". Les notes d'humour (les deux vieilles jetant un sort à une maison en balançant contre la porte leurs excréments ou les ricanements du Diable) atteignent parfois une rare acuité; on se souviendra du moine, fouetté par un frère qui veut chasser de son corps et de son esprit ses mauvaises pensées et, les larmes aux yeux, demandant à celui qui le châtie :

"O frère, pourquoi t'es-tu arrêté?".

En conclusion de cet extraordinaire pamphlet contre l'intransigeance religieuse et les superstitions, Christensen a recours à des explications médicales (nous revenons au XXè siècle) concernant les prétendues possessions, les hallucinations et autres formes d'hystérie qui n'appartiennent, qu'à la psychopathologie. On visite enfin le cabinet d'une voyante, encombré de cartes et de tarots :

"La superstition existe toujours."

Inspirée très évidemment de La sorcière de Michelet, la forme du récit de La sorcellerie à travers les âges se révèle révolutionnaire pour l'époque. Il s'agit en quelque sorte d'un grand documentaire sur la magie et la superstition, dont le propos n'est pas de retracer ici l'histoire de la sorcellerie, comme on pourrait le penser au vu du titre français, mais d'en montrer ses manifestations.

On est sensible à la justesse de l'évocation de ce Moyen-Âge superstitieux aux aspects strictement documentaires (comme la rigoureuse exploration de la panoplie de torture des l'époque, de la toute puissance judiciaire du clergé, des sommets de perversité, de sadisme et de cruauté auxquels ils étaient parvenus.

Dans ces tableaux réalistes, Christensen se révèle être un maître dans la manière d'intégrer des documentaires subjectifs, la plupart des séquences étant romancées à titre d'exemple (celle du Sabbat restera une séquence chef-d'œuvre dans l'histoire du cinéma). Va-et-vient perpétuel entre l'imagination délirante et l'objectivité "reconstituée", La sorcellerie à travers les âges prend tour à tour des allures de fiction et de documentaire.
Tout se passe comme si les spectacles successifs que nous donne à voir Christensen étaient autant de rêves, dont la brutalité des coupes de montage, l'utilisation de gros plans de coupe correspondraient à des réveils brusques d'un sommeil hypnotique, à des reprises de conscience.

Jouant délibérément à d'évidentes références picturales (Bruegel ou Grünewald), par l'utilisation des clairs obscurs, Christensen arrive à donner littéralement corps à ces grouillements monstrueux de démons et de sorcières. On est impressionné par la densité d'une matière qui fait renaître à la vie, par le réalisme de l'irréel, des créatures que l'on aurait pu croire à tout jamais figées. Ici tout est mouvement, bouillonnement, compositions savantes.

Tranchant sur le monde nocturne, frénétique et délirant, Christensen sait ainsi, par un éclairage dur, très blanc, dans une mise en scène très stricte, rendre la cruauté implacable des bourreaux de l'Église. La blancheur des robes des moines, antithèse de l'univers des sorciers, pourrait être symbole de pureté. Elle ne renvoie en fait qu'à ce qui tient sous ce symbole dénaturé : non seulement celui de l'hypocrisie mais d'une implacable et froide cruauté.

Peu d'œuvres cinématographiques d'une pareille beauté formelle ont respiré un tel parfum d'authenticité et montré autant d'éloquence dans la lutte des faux-semblants.

• HÄXAN

"En traitant un tel sujet, il aurait été facile de tomber dans le ridicule ou la pornographie, notamment en montrant le sabbat. Mais Christensen sut rejoindre là l'esprit de Jérôme Bosch, Breughel, Callot et Goya, où la lumière transfigurait les éclairages les plus faux." Georges Sadoul, Dictionnaire des films (1965)

"(...)La vie étonnante donnée à des formes et à des objets inertes, celle que gagnent les visages humains, est le fait d'un art consommé de l'ombre et de la lumière en studio qui, de l'expressionnisme germano-scandinave des années 20 au baroquisme américain de quelques années postérieures, a transmis des chefs-d'œuvre à nos yeux irrités par l'éclat trop cru de la lumière naturelle (d'ailleurs tout aussi trafiquée la plupart du temps). Ainsi de l'œuvre de Benjamin Christensen, détentrice des secrets d'une caméra-pinceau, à coups de projecteurs et de sunlights au clair de lune, c'est le royaume du velouté, de l'obscur éclairé et de la clarté dissoute." Max Tessier, Cinéma 68 N°130

C'est un film d'une beauté picturale étonnante, un art de l'éclairage achevé, d'une technique parfaite (notamment dans les trucages divers, les animations, les transparences). Raymond Lefèbvre, Image et son 233/69

"Häxan" dévoile toute l'horreur de l'Inquisition en faisant ressortir le caractère maladivement sexuel de la vie monacale. Le délire érotique de la bonne "possédée" blasphémant une statue sainte, le masochisme nettement érotique du moine qui se fustige lui-même pour avoir eu de mauvaises pensées en regardant une femme, ainsi que les rêves des fidèles ayant pour thème les orgies de la nuit du sabbat sont des séquences extraordinaires."




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